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Mardi 10 janvier 2006

(lire le chapître précédent)

Finalement, Jean-Robert Burnichon l’avait invité à un entretien privé. Marie estimait que c’était une moindre réparation de l’ingratitude du Maire. Tant d’années d’un soutien inconditionnel, bénévole, ou elle avait bataillé, pleinement dévoué à la cause de cet homme en qui elle croyait. Cet homme qui ne lui avait rien donné, qui s’était servi d’elle, un homme qui la méprisait assez pour lui laisser apprendre son départ dans la presse. Dans le noir, elle n’avait jamais ramassé que des miettes, des petites oboles, une invitation à une inauguration, un badge de la mairie pour garer gratuitement sa voiture, des piles de photos dédicacées.

-         Marie, je vous en prie, asseyez-vous.
-        
Bonjour, Jean-Robert. Enfin tu te décides à me recevoir.
-        
Le temps du Maire d’une commune aussi importante que Mariva est compté.

Jean-Robert Burnichon avait besoin du soutien de Marie. Il savait bien que cette matrone énergique pouvait drainer les suffrages de la plupart des leaders d’opinion de la ville, tant grâce au comité qu’elle dirigeait que par la place prépondérante qu’elle tenait au sein de l’union des commerçants.

La campagne venait en effet de prendre une tournure inattendue. Son candidat n’était plus le favori, le champion du parti, mais, en un appel d’un ministre inopportun, était devenu un candidat dissident.

En regardant Marie, le Maire se disait que si elle avait bien changé et vieilli, elle n’en était pas moins la tornade vivante qu’il avait toujours connue. Il était surprenant de constater qu’une mécanique aussi ancienne avait conservé autant d’énergie. La convaincre allait, une fois encore, être un long parcours qu’il envisageait avec plus d’appréhension que l’ascension du Mont Golgotha.

Prudemment, il commença à exposer la situation, prenant soin de remonter à la genèse de sa décision de retraite. Il fallait ensuite vendre Sylvain comme le candidat providentiel, idéal, en un mot, le seul acceptable pour lui succéder, puis enfin annoncer la félonie de l’ingérence du Parti dans une affaire locale, qui ne regardait en rien Paris. Parachuter un parisien à Mariva ! Cette idée se devait d’être insupportable à n’importe lequel de ses administrés, et ceux qui suivraient les consignes nationales seraient des traîtres à leur ville.

Marie n’était pas convaincue par la candidature de Sylvain, qu’elle semblait rejeter, mais elle était encore plus farouchement opposée à l’idée de soutenir un inconnu. Seul un marivien de souche était apte à ses yeux à endosser les plus hautes fonctions de la commune, et ce qu’elle reprochait au parisien, elle le reprochait, dans une moindre mesure, au poulain de Jean-Robert.

-     Il n’est pas du cru, cela fait à peine trois ans qu’il est à Mariva ! Comment peux-tu envisager ce Sylvain Gascogne comme Maire ?
-         C’est le plus compétent de mes adjoints, il connaît bien la ville, et il a été bien formé, par les soins.
-         A mon avis, ce ne sera pas le seul dans la ville à courir après ton poste.
-         Et qui d’autre oserai me braver et se présenter ?
-         Tiens, cet imbécile d’Yvon qui est venu me trouver.


A ces mots, le visage du maire s’assombrit, et sa voix devint soudain plus grave.

-     Marie, il faut que je t’avoue quelque chose. Yvon est notre fils
-     Mais, Jean-Robert… nous n’avons jamais eu d’enfant.
-     Tout est de ma faute. J’ai toujours voulu te le cacher, garder le secret.

Marie tremblait, livide ; elle était sur le point de défaillir, sous le choc de la terrible révélation.

(lire la suite)
Par Frederic est fou - Publié dans : Elections, Fandango
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