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Samedi 7 janvier 2006

(lire le précédent chapitre)


Dans le bureau de Monsieur le Maire, sur le grand bureau de verre, fumaient deux énormes tasses de café crème.

-         Je sais bien que cela ne va pas plaire à tout le monde, mon cher Sylvain. Mais telle est ma volonté. Je ne vois, je m’imagine personne d’autre que vous.

-         C’est un trop grand honneur, Monsieur le Maire. Et, de surcroît, tel que vous me faites cette proposition… inattendue, c’est même … un devoir pour moi d’accepter.

-        Vous êtes d’une grande fidélité, Sylvain, c’est une grande qualité en politique. Rappelez-moi, depuis combien de temps êtes-vous chez les jaunes ?

-         Cinq ans, Monsieur le Maire.

-         Cinq ans seulement… Oui, décidément, des dents vous grincer. Peu m’importe. Voyez-vous, Sylvain, en nommant ma petite-fille conseillère municipale, je réalisais avant tout un acte politique, mais j’espérais bien aussi qu’un jour ce serait elle qui me succéderait… Mais aujourd’hui, je suis contraint d’être réaliste, je sais bien que ne tiendrai pas jusqu’à ce jour là.

-         Voyons, Monsieur le Maire, vous êtes encore un jeune homme !

-         Bah. Ce n’est pas vrai. Regardez-moi. Je suis vieux, vieux et fatigué. Comprenez-moi bien, je suis toujours capable, et, contrairement à ce que pense certain, j’ai toute ma tête. Et j’aime cette ville, cette carrière, qui m’a tout apporté. Je suis le Maire de Mariva, et je pourrai encore l’être longtemps. Ne suis-je pas réélu dès le premier tour depuis plus de trente ans ? Mais voilà, j’entends bien les voix autour de moi, qui soufflent « le vieux, il s’accroche ». Je me suis toujours moqué du regard des autres, seul le verdict des mariviens compte. Mais eux aussi, les entendent, ses voix. La ville finira par le croire, un jour, que je suis trop vieux. Il y a cinq ans, déjà, les résultats étaient plus tendus, moins francs. J’ai échappé de peu à un second tour face à Perrier. Si je devais subir l’humiliation d’un second tour, non, la victoire n’aurait plus la même faveur. Non, si je veux partir dignement, à l’apogée de ma gloire, au summum de mon triomphe, mon heure est venue. Regardez tout ce que j’ai réussi à bâtir, au cours de ce demi-siècle. Il y a quelques jours encore, l’ouverture de l’Aquarium. Personne ne pourra jamais égaler cette réussite. Cette ville, c’est moi. Ma décision est irrévocable.

-         Vous le dites vous même, monsieur le Maire… personne n’est à la hauteur pour vous succéder.

-         Evidemment. C’est pour cela que je tiens à tout organiser. Il faudra bien que Mariva arrive à se passer de moi. Et pour me suivre… non, vraiment, il n’y a que vous, je ne veux personne d’autre. Regardez : mon fils est un imbécile, il n’entend rien à notre carrière. D’ailleurs, sans mon soutien, il n’aurait jamais eu son poste au conseil général. Tiens, au fait, je compterai sur vous pour continuer à le soutenir, même après mon départ. La famille, c’est important. Et il s’agit de mon fils.

-         Bien sûr, Monsieur le Maire.

-       En fait Sylvain, vous êtes arrivé à Mariva de façon providentielle. Regardez autour de vous… cette Mairie, ce n’est que moi. Cette ville, je l’ai taillé de ma main, je l’ai créée à l’image de ma vision. C’est ma réussite, mon testament. Mais je vais vous avouer quelque chose. Pour occuper un poste aussi important que le mien, le plus important n’est pas le talent, ou la compétence… C’est avant tout une question de caractère… En fait, c’est amusant, en vous regardant, Sylvain, je vois quelque chose qui me plait beaucoup : je me vois moi. Moi plus jeune. Vous avez l’ambition, vous avez la hargne, la combativité.

-      Vous me voyez meilleur que je ne suis, Monsieur le Maire.

-         Voyons, à mon age, on connaît la nature humaine ; j’ai toujours eu le talent de comprendre les personnes. Vous êtes mon candidat, et il n’y en aura pas d’autre. Dans quelque mois, nous fêterons votre élection… Excusez-moi, Sylvain… ce téléphone, pas moyen d’être tranquille !

-        

-         …Geneviève… je vous avais portant demandé de ne nous déranger à aucun prétexte… le Ministre ? Au téléphone ? Bien entendu, évidemment, je le prends tout de suite… Sylvain, je suis désolé, mais cet appel ne peut pas attendre. On se voit plus tard, si vous voulez bien. N’oubliez pas votre café !

Geneviève constata bien vite combien la conversation avec le ministre avait réussi à mettre le Maire dans une colère noire. Avec l’age, Jean-Robert Burnichon maîtrisait moins bien ses humeurs, et la contrariété le faisait facilement hausser le ton, voire carrement hurler quand il s’adressait à quelqu’un d’aussi négligeable que sa secrétaire. Ce qu’elle n’arrivait pas à comprendre, c’est pourquoi cet appel lui avait donné la soudaine envie de recevoir Marie. Quel dommage qu’avec le nouveau système téléphonique, elle ne puisse plus écouter les conversations depuis son poste !

 

(lire la suite)

Par Frederic est fou - Publié dans : Elections, Fandango
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