Le réveil d'Ethel (4)
(lire le précédent épisode) Peur du vide, affronter les rêves, les cauchemars, la réalité qui n’en est pas une, ridicule frousse, envie de se terrer dans un abri, vieux démons, cruelles souffrances. Douleur térébrante qui lui troue le bide, envie de vomir… l’inconnu est devant elle, elle est bien incapable de le gérer. Quelques secondes avant, tout allait si bien. Pourtant, il est toujours bien là, son corps nu enveloppé dans ses draps de coton, sa peau est sans doute toujours aussi douce, il dort avec le même sourire. Non, la vie ne peut lui reprendre tout ce qu’elle vient de lui donner, c’est injuste. Qu’a-t-elle jamais fait, Ethel, à la vie ? A-t-elle jamais fait souffrir personne, a-t-elle souhaité du mal ; la vie, ce n’est pas de sa faute. La vie n’est que la vie, et elle est si brutale.
Ethel attrape la petite robe, qui traîne en boulle sur une chaise, nerveuse, elle l’enfile en mouvements saccadés, la fermeture éclair est rétive et se débat.
Franchir la porte du petit immeuble, s’engouffrer dans la rue, c’était comme se jeter dans le vide pour Ethel. Pas le choix. A-t-on jamais le choix ? Le même chemin, la même quête guide ses pas, mais déjà, le chemin n’est pas le même, la quête n’a pas le même sens. Il y a Stéphane, maintenant. Stéphane, pour Ethel, c’est comme une nouvelle naissance. Il y a la vie avant, et la vie après. Ou une naissance, tout simplement, comme si sa vie avait attendu Stéphane pour commencer. Comme si ces années qui l’avait précédé avaient été des points de suspension, une longue parenthèse, un préambule absurde, une de ces longues préfaces savantes que l’on ne prend pas le temps de lire attentivement mais qui font traîner le livre pendant des semaines, avant qu’enfin on ose attaquer le premier chapitre. Avant Stéphane, c’était l’infinité des siècles, le passé, le temps qui ne s’écoule pas. Stéphane, c’était le présent, l’aujourd’hui, et, elle y croyait en tremblant, c’était demain aussi, son futur, son devenir. La vie ne fait pas de marche arrière. Si il devait y avoir un après Stéphane, elle savait bien qu’elle ne retrouvera pas celle qu’elle était avant. Stéphane avait tout changé, les rues, les passants, le ciel qui était gris, mais tant pis, demain, peut-être, il sera bleu.
En se réveillant, il la trouva assise, au pied du lit, dans sa petite robe qu’elle froissait nerveusement de la main. Elle pleurait.
- voyons, Ethel, mon amour qu’est-ce qui t’arrive ?
- le magicien… il n’est plus là, il n’y a plus sa boutique
- le magicien, qu’est-ce que tu racontes… tu as du faire un mauvais rêve.
- Je suis si triste
- Pourquoi serais-tu triste ?… allez, je suis là.
Il est là, oui, il est là. Et demain aussi, il sera là. Le plafond s’écaille, le papier a jauni, il faudra refaire cette chambre, un de ces jours. Il est là. Ethel n’a pas besoin de pilules. Elle est bien.