Elections, fandango - partie 2, chp 1 : le Fax

Publié le par Frederic est fou

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Le petit fax vint rejoindre les autres dans la bannette des fax entrants à trier. Et il ne resta pas bien longtemps en tête de la haute pile, un nouveau courrier arrivant, quelques minutes après, pour lui voler l’éphémère vedette. Au standard, les deux hôtesses étaient débordées, ou du moins, elles se plaisaient à le croire, et, bien que trier le courrier faisait partie de leurs attributions, la plupart du temps, les personnes des bureaux, impatientes de voir si une nouvelle précieuse les concernant était arrivée, venaient eux-mêmes faire le tri. Au début, les deux hôtesses avaient râlées, protestant que ces indisciplinés mettait du bazar dans leurs bannettes, mais, finalement, elles s’étaient ravisées, se disant que si les employées faisaient leur propre répartition, ce serait toujours çà qu’elles n’auraient pas à faire.

Justement, Madame Fressinet était descendu du cinquième, pour déposer un pli pour un coursier. « Vous z’avez un fax pour moi ? ». L’hôtesse de gauche, au téléphone, lui répondit en lui indiquant par mime de vérifier par elle même. Madame Fressinet plongea avec délices dans la pile de télécopies. Il faut dire, qu’en plus du gain de temps, passer à la réception pour chercher ses fax permettait, innocemment, de jeter un œil négligeant mais avide sur les courriers de ses collègues, qui fournissent toujours un tas d’informations passionnantes. « Tiens, Mme Champeaux a encore reçu un courrier de son avocat. Cà n’en finit plus, son divorce ! »

Pendant que Madame Fressinet cancanait avec les hôtesses, le petit fax de Mariva s’ennuyait dans sa corbeille, attendant qu’on veuille bien faire cas de lui. Mais la commère finit par tomber dessus. Boudant d’abord le caractère purement professionnel de l’envoi, elle se ravisa en se rappelant qu’il concernait un des départements gérés par son service. « Tiens, çà, çà doit être pour François, je crois, non ? Je vais lui déposer sur son bureau en remontant – Au fait, François, il est toujours en arrêt maladie ? – Tu parles, Guermantes était furieux, il a reçu ce matin un certificat médical, une reconduction pour deux semaines... » Sur la banque d’accueil, négligemment posé contre le gros vase où fleurissait un beau bouquet dans les camaïeux de jaunes, le petit fax dû supporter la fin de la conversation de Madame Fressinet, espérant qu’elle veuille enfin le conduire chez son destinataire.

Abandonné sur le bureau du dénommé « François », le fax n’était guère plus avancé. A quoi bon être un merveilleux produit de la technologie de pointe, avoir franchit des centaines de kilomètres en quelques millisecondes grâce à la transcription en ondes numériques de ses caractères, pour rester ainsi à l’abandon, souffrant l’indifférence générale ? Les parisiens sont décidemment peu soucieux de la chose provinciale, devait penser ce petit fax, si tant est qu’un fax n’eut jamais pensé.

Mais finalement, le petit fax était un fax chanceux. Condamné à jaunir et à prendre la poussière en attendant l’hypothétique guérison du fameux François, dépressif chronique, il vit son salut d’une visite inattendue du vice-président. Au cinquième étage, les élus ne passent pas souvent. Il faut dire que l’importance des services est inversement proportionnelle à la hauteur de leur étage. Dans ce bel haussmannien, les généraux se tiennent à l’étage noble, sous les moulures centenaires. Les ex-responsables de cabinets, les conseillers, les bras droits, sont placés juste au dessus, et ainsi de suite jusqu’aux anciennes chambres de bonnes où s’entassent les services fonctionnels, comme la reproduction, le courrier…

De surcroît, depuis qu’il a été nommé Ministre, on ne croisait pratiquement plus jamais le vice-président, qui ne se déplaçait guère que pour les réunions exceptionnelles, où pour faire régler des petits problèmes personnels comme ses notes de frais sur ces déplacements de représentant du Parti. Mais, ce jour-là, le célèbre politique profitait de sa présence pour prolonger sa campagne jusque dans les bureaux les plus reculés de l’immeuble parisien qui lui était pourtant le plus fidèle. Il est des réflexes qui, quand ils sont acquis, ne se perdent plus jamais. Lui, tant en candidat, qu’en membre de Parti, qu’en tant que Ministre, avait ce tic de tout bon politique : il serrait des mains. Il en avait serré par centaines, par milliers, peut-être par millions, au cours de sa carrière. Au quatre coins de France, et un peu partout dans le Monde.  Il serrait des mains le matin, le midi comme le soir. Même chez lui, en famille, parmi les siens – quand un proche le lui reprochait, il disait que c’était « pour ne pas perdre la main ! ». Car tout ministre qu’il était, il avait conservé son sens de l’humour, quoiqu’il penchait plutôt, selon les circonstances des déclarations ou des débats électoraux, vers l’ironie et le sarcasme.

Il allait donc au cinquième étage, serrant des mains. Arrivant devant le bureau sur lequel attendait le petit fax, il s’enquit de savoir où était la personne qui devait se tenir là habituellement, et qu’il ne pouvait pas saluer. La cour des thuriféraires qui le suivait le renseigna bien vite sur l’état précaire du moral de cet employé ; et, écoutant d’une oreille ces explications -des années de « terrain » lui avaient appris à ne pas écouter ni les pénibles doléances des électeurs ni les complaintes des élus locaux, tout en affichant un beau masque de compassion concernée- il jouait avec la pile de papier qui se trouvait à portée de main. Soudain, le mot « Mariva » attira réellement son attention. Le petit fax vivait son quart d’heure de gloire.

Face au bureau de style Boulle, une belle cheminée de marbre rose, surmontée d’une splendide glace Louis XV, au miroir d’origine, dans lequel se reflète les vingt-quatre ampoules du lustre de cristal qui donnait un éclat fastueux à ce grand salon d’apparat, devenu bureau du ministre. Les pieds s’essuient sur un splendide tapis de la Savonnerie, et les pans savamment drapés, aux trois fenêtres, sont en brocards surfilés d’or. La place est temporaire, certes, mais elle est bonne.

Le Ministre était au téléphone. Avec un de ses très bons amis. « Allo, Nicolas ? C’est Henri… Oui, très bien… Dis-moi, tu cherches toujours à partir en province ? … Je crois que j’ai quelque chose pour toi. La côte. Je suis certain que ta femme sera ravie… Ecoute donc ce que j’ai à te proposer : Mariva ! »

(à suivre)

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Publié dans Elections - Fandango

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L
Mais quelle réputation tu vas faire aux fonctionnaires !!Je m'insurge.Surtout qu'ils passent leur vie près du fax, en tout cas quand il est situé près de la machine à café :-))
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F
En toute honnêteté, le genre de spécimen que je décris ne se rencontre pas uniquement dans la fonction publique... d'ailleurs, je décris un parti politique. Il ne faudrait pas mélanger les caisses d'un organisme de ce type avec celles de l'Etat ! (ah bon ? çà c'est déjà vu ?)
B
Je te souhaite une bonne année.  Ton expo de tableaux  est très sympa  (et puis nous avons des goûts partagés entre Hopper, Botero, Ingres, Modigliani, caillebotte... même s'il en manque encore quelques-uns que tu ajouteras sans doute au fil du temps)
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F
Je te souhaite mes meilleurs voeux pour 2006. Que cette année te sois pétillante de bonheur !<br /> Bises
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B
je découvre avec stupéfaction qu'il y a des dépressifs chroniques dans les administrations. Excès de travail, sans doute!
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F
<br /> Oui, les pauvres !