Le bouquet - épilogue

J'exhume une vieillerie, la nouvelle Le bouquet, publié il y a deux semaines ici, pour lui ajouter ce petit épilogue, qui lui donne un parfum un peu différent.
Qu'en pensez-vous ?
Une quinzaine de jour avait passé. Elle ne l’avait pas rappelé, et il lui en voulait. Il aurait aimé au moins une scène, des insultes. Il les avait bien mérités, la planquer comme çà, lâchement, un message sur son répondeur, laissé en pleine journée, il savait bien qu’elle ne serait pas là. Peut-être qu’elle s’en foutait. Peut-être que cela avait été une délivrance pour elle. Cette indifférence lui semblait le pire des camouflets. Il n’avait été qu’une passade, un simple amant, un bon coup. Ego blessé, atteinte de sa virilité. Même pas un appel. Et peu à peu, cela vira à l’obsession. Quand le téléphone sonnait, il s’attendait à entendre sa voix. Ses larmes, ses reproches. Mais ce n’était jamais elle. Parfois, il espérait qu’elle était si déprimée qu’elle n’avait même pas la force de l’affronter au téléphone, çà doit être terrible pour elle, elle m’avait dit qu’elle m’aimait ; parfois, il se disait qu’elle n’en avait rien à faire, qu’elle n’attendait que çà, elle s’est bien foutue de ma gueule. Elle ne m’appelle pas, elle ne m’appelle pas. Elle ne va jamais m’appeler, elle n’appellera plus. Je n’aurais ni scène, ni larmes. Il y a un truc qui ne tourne pas rond. Ce n’est pas normal. Si çà se trouve, elle a fait une connerie. Oui, c’est çà, elle a du faire une connerie. Merde, çà m’apprendra à jouer au con. Il faut que j’aille chez elle, elle est capable d’avoir vidé une boîte de somnifère. Oui ; elle en est bien capable.
Il s’est habillé en catastrophe, d’un trait, il a filé chez elle. Les rues sont sombres, il fait froid, il a relevé le col de son imper. Dans sa rue, son immeuble n’a pas bougé, la façade blanche, les petites fenêtres régulièrement disposées, les balustrades de fer forgée, quelques guirlandes. Tout est calme, à l’intérieur, l’escalier sent bon l’encaustique, elle a mis une couronne de Noël à la porte, il hésite à sonner. Dring. Du bruit à l’intérieur, elle est chez elle. Elle ouvre, en laissant l’entrebâilleur. « Ah, c’est toi ». Elle a l’air gênée. Il ne sait pas quoi lui dire, con, comme çà, devant sa porte, elle ne défait pas l’entrebâilleur. Et puis, d’un coup, son regard est attiré par une grosse tâche de couleurs, à l’intérieur, juste derrière elle. Plus rien à dire. Il a compris. Sur sa table de salon, trône un superbe bouquet.