Hésitation
Cà y est, je vis. La nébuleuse sensation qui m'a emporté, dans son tourbillon d'impressions indescriptibles m'a arraché à ce lieu, à ce temps où le temps ne compte pas. Mi-couard, mi-responsable, j'ai franchit le rideau du temps, et se sont étiolés les derniers liens physique qui me reliait à mon mutique refuge. Frisson. Je sors à peine de la torpeur -bénie soit l'ivresse de l'absence ; et par une sorte d'aberrance du destin, je me trouve là, physiquement inchangé, mais comme découvrant mon corps pour la première fois. Je n’ai pas eu le choix ; Mon destin est scellé, le passé désormais enterré ; je viens de me condamner à vivre. Et je vous entends rire, infâme Destin. Cruel, vous vous moquez de moi, et usez du plus atroce subterfuge pour me prouver votre toute puissante. J’ai si mal, si froid, je souffre tant. Oui, je le sais, je suis à votre merci, dérisoire jouet dont un jour, lassé, vous vous débarrasserez sans pitié. Vous ne m’offrez qu’un sursis, une parenthèse, et je dois désapprendre tout que je sais. Non ! Non ! Ceci ne sera pas. De ce combat inégal je sortirai victorieux. Destin immonde, soyez honnis : Je vous défie ! A moi Prométhée, à moi Sisyphe !... Je serai éternel, je serai l’Eternel. Oh... que dis-je, qu'ai-je osé prononcer... Me poser en zoïle... Mais qui suis-je donc pour braver l’éternité au tout puissant pouvoir ?... Vanité, dernier soubresaut d'amour propre... Pauvre homme, qui es-tu ? Quelque soit la rage, cette hargne acrimonieuse, ce dard assené qui anime mon cœur, mes forces ne sont que vaine poussière... Je lutterai contre le vent, le feu, la pluie, la nuit, le jour, les saisons ; je lutterais contre moi-même. Je ne suis rien face à vous... Adieu chimères, à moi neurasthénie ! Riez, oui riez... Mon cœur est mort aujourd'hui, je préfère déjà renoncer. Ma piètre odyssée s'achève, la fin est proche. Je me vais retirer, titubant. L'esprit en proie à un abîme d'errements que rien ne saurait tarir. Un salmigondis de souffrance, de désespoir que les méandres dilatoires de ma route ont parsemé... J'ai le prurit de la fuite, je rejette la prébende offerte, et zélateur du renoncement, je saboule mon existence en en arrachant la sève nourricière. Fis de la soif, fis de la fis ; fis du sommeil. Non au devoir, non à la norme, oui au refus. Moult combats, moult victoires ou défaites m'apprendrons bien tôt à méjuger l'activisme. A quoi bon l’existentialiste, qui peu croire en la liberté. Tout s’envole en fumée, enfui dans ce cauchemar titanesque de la perdition de mon être physique, mon existence dans le renoncement de l’absence. Moi seul serais l'instrument de ma propre perte, et de mon propre salut. Ne pas jouer pour ne pas perdre… Adieu donc, fatuité terrestre, je te vilipende et m'exile en une retraite qui seule à présent saura me combler. Riches de la force de mes souvenirs, je peux enfin me permettre de les effacer pour, vierge, recommencer une au delà plus spirituel, l’éternel ermitage, le seul chemin salvateur. Je vais m'envole vers des cieux immaculés, dont la fraîcheur surannée m'appelle. Que le vent du soir, qui porte mon spleen à son zénith, m'accompagne dans ma retraite ; que l'oubli me fasse renaître ; que la miséricordieuse mémoire s'élance dans le sempiternel vide de mon affliction. Enfin j'exulte, adieu, adieu ! Crier à m’en déchirer les tympans, créer à rejeter la vie, odieux destin, tu me trompes encore !
Mais… Mais quelle est cette peau si douce qui me caresse, quels sont ces yeux si tendres qui me couvent du regard ? Et si l’asile adoré n’était qu’une prison, si le Destin était une route ouverte où l’on trace voie, dessinant les virages, les détours, les arrêts déjeuner ?
Si je suis mauvais joueur ? Je ne le saurai qu’après avoir joué.